Qu'est-ce que ça veut dire toucher un salaire à l'ère de l'IA
Carnet d'enquête publique sur le salaire à l'ère de l'intelligence artificielle. Une thèse défendue par un praticien de la paie, mise à l'épreuve du réel par la collecte de cas concrets et la recherche active de contradictions.
On parle partout de la disparition du travail.
Je pense qu'on se trompe de sujet.
Ce qui disparaît, c'est le salaire.
J'ai écrit un livre blanc sur ce que ça veut dire toucher un salaire à l'ère de l'IA.
Il défend une thèse précise : le salaire ne paie pas l'exécution des tâches. Il paie la responsabilité humaine de ce qui est produit. Et c'est pour ça que l'IA, incapable de porter une responsabilité, ne peut pas prendre un salaire. Ce sont des humains qui décident, ou non, de continuer à payer d'autres humains. L'IA est l'argument. Elle n'est pas la cause.
Cette thèse déplace le débat. Elle nomme un trou noir de responsabilité que personne ne regarde. Elle introduit la question — politique, propriétaire — de qui possède l'outil qui produit désormais la valeur.
Mais cette thèse n'est pas un aboutissement.
C'est une prise de position que je vais tester dans le réel.
Ce que ce site est
Pas la version finale d'un livre. Un carnet d'enquête publique.
Vous y trouverez le livre blanc dans sa version actuelle. Vous y trouverez aussi, semaine après semaine, des cas concrets collectés sur le terrain. Freelances dont les tarifs s'effondrent. Salariés dont les postes se transforment. Entreprises qui remplacent ou conservent leurs humains. Dirigeants qui licencient. Dirigeants qui refusent.
Vous y trouverez également les contradictions que je chercherai activement à ma propre thèse. Une thèse qui n'a pas été testée contre ses contre-exemples n'a pas été pensée jusqu'au bout. Je veux trouver des cas où le salaire rémunère uniquement de l'exécution. Je veux trouver des cas où la machine a vraiment remplacé un humain. Je veux trouver les angles morts de mon propre raisonnement, et les publier honnêtement.
À mesure que ces cas s'accumuleront, le texte évoluera. Certaines parties seront renforcées, d'autres nuancées, d'autres réécrites. Les versions successives seront datées et conservées, pour qu'on puisse voir comment la pensée s'est déplacée — ou solidifiée — au contact du réel.
C'est la seule manière honnête de défendre une thèse forte. Pas la planter dans le sol et la défendre contre toute objection. La proposer comme hypothèse de travail, et la passer au feu.
Pourquoi je peux m'autoriser ça
Je fabrique des bulletins de paie depuis plus de dix ans. J'enseigne à les fabriquer. Chaque semaine, je vois passer des dizaines de cas concrets — entreprises qui s'interrogent sur l'IA, salariés qui se demandent ce qui leur arrive, dirigeants qui hésitent.
Cette position d'observation m'autorise à parler. Pas comme théoricien. Comme praticien qui a appris à penser à partir de ce qu'il voit.
Mais elle me limite aussi. Je vois ce que je vois — pas le reste. Je connais le terrain de la paie en France et dans la francophonie — moins bien le terrain anglo-saxon, asiatique, latino-américain. Je rencontre certains profils — moins d'autres. Mes biais sont les biais d'un homme blanc européen qui exerce un métier intellectuel.
C'est précisément pour ça que je publie en mode ouvert. Pour que d'autres regards complètent le mien. Pour que d'autres terrains élargissent le mien. Pour que la thèse, si elle tient, ne tienne pas seulement parce qu'elle m'arrange — mais parce qu'elle a survécu à des regards qui ne sont pas les miens.
Ce que vous pouvez apporter
Si vous lisez ce site, vous avez probablement quelque chose à dire que je ne sais pas.
Vous êtes peut-être un freelance dont les tarifs ont bougé depuis l'arrivée de ChatGPT. Comment exactement ? Sur quels types de missions ? Avec quels clients ?
Vous êtes peut-être un salarié qui a vu son poste se transformer. Qu'est-ce qui a été pris par la machine ? Qu'est-ce qui vous reste ? Qu'est-ce qui a été ajouté ?
Vous êtes peut-être un dirigeant qui a hésité à licencier en invoquant l'IA. Qu'est-ce qui vous a fait choisir une voie ou l'autre ? Qu'avez-vous découvert après ?
Vous êtes peut-être quelqu'un qui pense que ma thèse est fausse. Sur quel cas concret ? Avec quels arguments ? Je veux les entendre — pas pour me défendre, pour penser plus juste.
Vous êtes peut-être un juriste, un sociologue, un économiste qui voit dans ce texte une approximation à corriger. Bienvenue. Je préfère une correction qui me coûte à une approximation qui m'arrange.
Tous ces apports trouveront leur place ici. Avec votre nom si vous voulez, sous pseudonyme si vous préférez, anonymisés si nécessaire. Je m'engage à les traiter avec rigueur et à indiquer clairement quand un cas que vous m'avez transmis a fait évoluer ma position.
Ce que ce site n'est pas
Pas un forum. Pas un espace où chacun publie ce qu'il veut. C'est un carnet d'enquête éditorialisé — par moi, sous ma responsabilité.
Pas non plus une consultation participative. Je ne changerai pas ma thèse parce qu'une majorité de contributions me dit qu'elle est fausse. Je la déplacerai si un argument, ou un faisceau de cas, me montre qu'elle ne tient pas.
Pas, enfin, un produit commercial déguisé. Je ne vous vendrai rien à la fin du parcours. Mes activités professionnelles existent ailleurs. Ce site, lui, est une démarche intellectuelle qui ne demande rien d'autre que d'être lue, contestée, enrichie.
Le pari
Je fais le pari qu'une thèse forte, défendue avec honnêteté et exposée à la contradiction, vaut mieux qu'une thèse prudente qui se protège derrière des précautions.
Je fais aussi le pari qu'à l'ère de l'IA, où les textes se génèrent en masse sans qu'aucun humain n'en réponde, écrire publiquement sous son nom et accepter d'être tenu pour responsable de ce qu'on écrit redevient un acte qui a du prix.
Ce livre blanc n'est pas seulement un texte sur le salaire à l'ère de l'IA.
Il est aussi, par la manière dont il est publié, une mise à l'épreuve de sa propre thèse.
Je signe. Je réponds. Et j'accepte d'avoir tort — si le réel me le montre.
À vous, maintenant, de regarder, de tester, de contester si vous le voulez.
Si la thèse tient — vraiment, après les cas concrets, après les contradictions, après le terrain — elle aura mérité d'être tenue.
Sinon, je l'aurai déplacée.
Et ce sera une autre forme de réussite. Peut-être la meilleure.